08/03/2006

Tout est relatif... mais relatif à quoi ?

Le monde "objectif" est le résultat d'un consensus entre les points de vue "subjectifs". Tout est affaire de croyance, et la "réalité" n'est que la croyance dominante. Tel est l'enseignement donné par le yogin au prince égaré, aprés être sortis du "monde à l'intérieur du rocher", au chapitre XIV de la Doctrine secrète.

Chacun imagine, et influence les autres par voie télépathique (non pas au sens occultiste; simplement, si j'ose dire, chaque rêve influence les autres). L'univers est le résultat de cette interaction des imaginations. Plus une croyance ou une création mentale est constante et forte, plus elle a de chance de s'imposer.

S'ensuit une énnumération d'exemples tirés des règnes animaux et humains qui montrent le caractère subjectif de nos perceptions. Le monde surgit des modifications de nos organes sensoriels. Une eau tiède pour untel est froide pour un autre. Rien ne peut être définit objectivement, c'est-à-dire indépendamment de sa relation à notre corps. Et cette multiplicité de points de vue se déploie "dans" l'espace de la conscience infinie. Les choses sont perçues par le corps. Le corps est perçu par le mental, qui est perçu par la conscience. Quant à la conscience, elle se perçoit elle-même par elle-même. "Tout ce qui est manifesté, intérieurement ou extérieurement, est inclus d'avance dans cette essence même de la manifestation (qu'est la conscience). Cette pure essence de la lumière, en laquelle le monde entier est comme résorbé, se manifeste librement à l'intérieur d'elle-même, partout et toujours."

"Quant aux éléments dogmatiques que les uns et les autres surajoutent à cette pure essence, ils sont de peu d'importance. Tout ce qu'elle manifeste demeure contenu en elle, comme les reflets dans le miroir."

On compare souvent la conscience à un espace. Mais la Reconnaissance (qui est la philosophie professée dans la Doctrine secrète) distingue espace et conscience : "L'espace a la nature d'un vide. Aussi est-il capable de contenir autre chose que lui-même, à savoir le monde sensible. Mais la conscience absolue n'est partout et toujours que plénitude indivise. Comment tolérerait-elle en son sein ne serait-ce que l'ombre de la dualité ? Aussi est-ce de manière spontanée, par la surabondance même de sa liberté et sans avoir recours à un quelconque matériau, qu'elle fait apparaître dans le miroir de sa propre essence uniforme la prodigieuse variété des êtres mobiles et immobiles. De même que l'unité du miroir n'est en rien compromise par la diversité de ce qui se reflète en lui, de même l'unité de cette Puissance unificatrice qu'est la conscience n'est en rien compromise ou altérée par le foisonnement des apparences cosmiques."

La conscience se prend librement pour l'espace infini dans lequel apparaissent les univers. Elle se nie elle-même dans le sommeil profond et elle devient le psychisme (citta, sem en tibétain) lorsqu'elle parait recouverte par les traces inconscientes (vâsanâ, bagshag en tibétain).

"Mais la pure conscience 'Je' demeure l'énergie suprême de la conscience, celle qui jamais ne se divise." L'apparence de division est adventice. La conscience cosmique imagine d'abord un univers commun, puis elle s'identifie à une infinité d'êtres limités qui chacun projettent leurs images mentales sur cet univers "objectif" : un rêve dans un Rêve. "Le proche et le lointain, le long et le bref ne sont que pures créations mentales réfléchies dans le miroir intérieur de la conscience. Médite là-dessus et défais-toi de tes illusions en t'appliquant à réaliser mentalement la pure conscience. Tu deviendras alors aussi libre que je le suis."

Pour ma part, je ne crois guère aux miracles. Les "pouvoirs surnaturels" (siddhi), omniprésents dans la culture indienne, sont plutôt une manière de décrire des expériences intérieures autrement difficilement communiquables. Le vrai "troisème oeil", c'est l'oeil unique à partir duquel je perçoit tout ce qui apparaît en lui, tel ce "miroir sans cadre ni support" dont parle le maître Chan Houeï Neng. Au-delà des fariboles et de l'aspect "contes pour enfants" et autres adolescents attardés de ces textes, ces accomplissements expriment des intuitions et des découvertes qui nous concernent tous, quelques soient les temps et les lieux.

 

19:22 Écrit par David Dubois dans Reconnaissance | Lien permanent | Commentaires (15) | Tags : pratyabhijna, relativisme |  Facebook |