05/02/2006

Desipere est juris gentium

Aux dires de certains, je suis auteur de "répliques à la con" (Chenille), "bavard" (Lama Kiki), "malsain" (isa), pratiquant la "masturbation" intellectuelle (Pierre), manipulateur, sectaire, vain, sans expérience de la méditation, prétentieux, arrogant, naif... Est-ce tout ?

 

Tenter de discréditer celui qui parle au lieu d'argumenter contre ce qu'il dit, cela s'appelle un argument ad personnam ou ad hominem. Ecoutons ce qu'en dit Arthur Schopenhauer dans son Art d'avoir toujours raison :


" ULTIME STRATAGEME :
Si l'on s'aperçoit que son adversaire est supérieur et qu'on va perdre la partie, que l'on prenne un ton personnel, offensant, grossier. Devenir personnel, cela consiste à passer de l'objet du débat (puisqu'on a perdu la partie) au contradicteur lui-même et a s'en prendre à sa personne, d'une manière ou de l'autre : on pourrait l'appeller argumentum ad personam, afin de le distinguer de l'argumentum ad hominem : celui-ci s'écarte de l'objet proprement dit pour s'attacher à ce que l'adversaire en a dit, ou en a concédé. Mais, lorsqu'on devient personnel, on laisse complètement de côté l'objet et concentre son attaque sur la personne de l'adversaire; on devient donc désobligeant, hargneux, offensant, grossier. C'est un appel des facultés de l'esprit à celles du corps ou à l'animalité. [...]

On se tromperait fort si l'on imaginait qu'il suffit d'éviter soi-même toute allusion personnelle. Car, en démontrant à quelqu'un, sans jamais l'irriter, qu'il a tort et que par conséquent, il juge et pense de travers - et il en va ainsi de tout triomphe dialectique - on l'agace encore plus que par quelque tournure grossière et offensante.

[...] comme dit Thémistocle à Eurybiade : "Frappe, mais écoute".

[...] La seule parade infaillible est donc celle déjà recommandée par Aristote au dernier chapitre des Topiques : ne pas s'engager dans une controverse avec le premier venu, mais seulement avec ceux que l'on connaît et dont on sait qu'ils on assez de raison pour ne pas étaler au jour des absurdités et se rendre ainsi ridicules [...] Il en résulte que de cent hommes, on en trouvera à peine un seul qui soit digne que l'on discute avec lui. Quand aux autres, qu'on les laisse dire ce qui leur passe par la tête car desipere est juris gentium [c'est un droit de l'homme que d'être un idiot], et qu'on médite ce conseil de Voltaire : La paix vaut encore mieux que la vérité. Et un proverbe arabe dit : "C'est à l'arbre du silence que pend son fruit : la paix". Il est vrai que la controverse est souvent bénéfique à l'un comme à l'autre, du fait qu'ils frottent leurs têtes entre elles, et lui sert à rectifier ses propres pensées, et aussi à concevoir des vues nouvelles. Simplement, il faut que les deux duellistes soient à peu près égaux en savoir et en intelligence. Si le premier fait défaut à l'un d'eux, il ne comprend pas tout, n'est pas au niveau. Si la seconde lui fait défaut, l'aigreur qu'il en ressentira l'amènera à faire usage de faux-fuyants, d'astuce ou de grossièreté."

 

Par conséquent, je rappellerais aux lecteurs de ce blog qui souhaitent commenter l'un de ses billets, qu'ils doivent d'abord prendre la peine de lire ce qui a été écrit, et qu'ils doivent, s'il veulent apporter la contradiction, s'en prendre exclusivement à l'objet du billet, et non à son auteur, ou aux auteurs d'autres commentaires. Et cela, sous peine de voir leur intervention ignorée, voire supprimée.

14:20 Écrit par David Dubois dans Anecdotique | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : schopenhauer |  Facebook |