13/01/2007

Qu'est-ce qui meurt ?

Un grand sage est mort. Douglas Harding est décédé à l'aube du jeudi 11 janvier 2007, dans sa 98ème année.

Il avait, depuis plus d'un demi-siècle, inventé une douzaine d'exercices simples permettants à chacun, quelques soient ses croyances par ailleurs, de découvrir par lui-même sa vraie nature, infinie, limpide et, en un mot, divine.

Mais, se dira t-on peut-être, à voir bon voir cela si l'on doit finir par mourrir ? Socrate est mort, comme le Bouddha, comme Jésus, comme Ramana Maharshi... Cette constatation semble rappeler cette vérité banale de l'évanescence de toutes choses, thème central de la plus grande épopée du monde, le Mahâbhârata : "Exister, c'est exactement comme ne pas exister. Tout est transitoire et impermanent... Comme des bulles dans l'eau, les êtres surgissent et disparaissent. Tout cela sera réduit en miettes : c'est certain. Tout ce qui s'élève doit tomber. Toute union s'achève par une séparation et la vie par la mort..."

Rien n'échappe à l'emprise du Temps, ce maître universel.

A première vue, le cas de Douglas Harding n'est une preuve de plus de cette terrible vérité. Sa forme n'est plus. Pour être plus concrets, prenons cette photographie de Douglas prise par Colin Fox en 1992 :

DouglasTestament

 

Cette forme n'est plus. La photo elle-même est une trace qui, à son tour, devra disparaître. D'ici quelques milliards de milliards d'années, il ne restera plus rien de rien. Personne. Alors, à quoi bon écouter ce que Douglas Harding a dit ?

N'écoutons pas, si tel est notre intuition. Mais, au moins, voyons. Voyons quoi ? Ce regard, sur cette photo, a certes quelque chose de fascinant. Mais quoi ? Il semble n'être là que pour me rappeler que tout périt !

Pourtant, il reste une chose à voir : Vers quoi pointe ce regard ? En ce moment même, lorsque vous regardez ces yeux, vers quoi regardent-ils ?

Pour ma part, ils pointent vers cet espace au-dessus de ces épaules, ici même. Cet espace est vide. Je n'y aperçois aucune forme. Je vois, en toute évidence, que je suis cet espace transparent, plus limpide et dépouillé que la mort elle-même. Ici, la Mort ne trouve rien à dévorer. Il n'y a nul changement, et donc pas de temps. Cet espace est éternel, atemporel, immortel. Il est le refuge infaillible.

Soit mais, dira t-on encore, cet espace vide n'est-il pas le visage de la Mort elle-même, inerte et sans vie ? En quoi ce néant pourrait-il m'être un réconfort ? Regardons encore et encore : Cet espace, absolument limpide en lui-même, n'accueille t-il pas, en ce moment même, une profusion de formes et de couleurs, de son et de sensations ? N'est-il pas la Source et la Vie elle-même ?

Voilà pour moi, pour nombre de mes amis à travers le monde et pour tous ceux qui ont l'audace de VOIR, le sens de cette image. L'immortalité savourée maintenant. Tel est, assurément, le testament ultime de Douglas E. Harding. Puisse t-il naître et renaître toujours en chacun de nous !

 

Pour goûter d'autres manières de voir notre immortalité, voir d'abord ou bien par là-bas (en anglais), sans toutefois oublier qu'il s'agit toujours de simplement revenir Ici.

03/01/2007

Qu'est-ce qu'un exorcisme ?

De même que l'Eglise entend chasser le démon des âmes, de même les exercices proposés par Douglas Harding ont pour but de nous libérer de l'idée que nous sommes dans un corps qui est dans le monde. L'exercice principal est celui du doigt, lequel semble dire : "Arrière, ô tête ! Retourne là où tu as toujours été !". "Là-bas", c'est-à-dire dans les miroirs et autres surfaces réflechissantes, ainsi que dans le regard d'autrui. Ici, au-dessus des épaules, n'y a t-il pas qu'un espace limpide et clair qui englobe ce corps et ce monde ? Le doigt devient ainsi un véritable scalpel, un sceptre pour exorciser l'idée fausse que nous nous faisons de nous-mêmes.

Mais les aveugles ? Eh bien, les aveugles ne sont nullement exclus de ce Grand Exorcisme, bien au contraire. Il existe une version yeux-fermés de l'exercice du doigt. En voici une version pour les anglophones, inspirée par l'enseignement de Nisargadatta Maharaj.

Visions1

 

22/11/2006

La conscience du Soi doit-elle être ininterrompue ?

Lorsque l'on découvre la Vision de l'absence de tête Ici, au-dessus des épaules, ou bien - ce qui revient finalement au même - la conscience pure de soi, on se demande souvent comment faire pour faire durer cet état. Parce qu'on y expérimente une joie et une paix sans mesure et, surtout, sans cause objective. Ce bien-être ne dépend que de lui-même. Il est donc gratuit et toujours disponible. Sauf que l'on a inmanquablement l'impression d'en sortir, on ne sait comment, par distraction sans doute. Pourtant, c'est le Soi. Ce n'est ni ceci ni cela. C'est tout, et ce n'est rien. Comment diable peut-on délaisser ce délicieux "rien" ? Parce que nous en faisons un état, une chose. Nous réifions, comme disent les philosophes d'aujourd'hui, cette parfaite ouverture, cette fluidité sans le moindre grumeau. Dès lors, il semble raisonnable d'aspirer à ne plus objectiver, à ne plus quitter ce non-état.

Ceci étant, à mieux y réfléchir (activité vitale trop souvent dédaignée par nos contemporains), qu'est-ce que cela peut bien changer ? Comment la conscience - l'absence de visage Ici - pourrait-elle cesser ? Et qui serait le témoin de cette cessation ? De toutes les façons, qu'on le voit ou pas, personne n'a de tête Ici. Comme dit Douglas Harding, nous sommes bâtis de cette manière, c'est un fait, une réalité. Eveillé ou endormi, la réalité est la réalité. Vaguement initié seulement ou parfait profane, telle reste notre situation : nous ne sommes jamais nulle part. Suspendus, flottants, et insubmersibles tout autant, si vous préferrez. Tomber où ? Avoir une tête, oui. Mais où ? Ici ? Dans cet espace à partir duquel vous percevez ces mots ? Allons-donc ! Une tête ne perçoit rien, encore moins des mots.

A fortiori, une fois que l'on a "vu" cet espace, à quoi bon vouloir le prolonger ? N'est-ce pas là un acharnement inutile, voire nuisible ? Ne vaut-il pas mieux se laisser aller, laisser là, devant, tous soucis et inquétudes ? De plus, cette vision ne voit rien. Pas de forme, pas de changement. Donc pas de temps. Comment alors peut-on affirmer : "Durant cet instant, durant cette heure, durant ce jour, j'ai vu" ? N'est-ce pas une simple erreur due à une habitude, une façon de parler ? Et puis, chacun pourra constater que le "je" - la conscience de la conscience de la conscience - est toujours présent, même si l'on continue d'entonner la rengaine du "Mais ça ne dure pas !" De fait, n'entendez-vous pas cette résonnance ininterrompue, ce choc - rien - miraculeusement se répétant à chaque instant ? Comment pourrions-nous même nous lamenter, si vraiment ce Néant venait à cesser ?

Bref, que l'on voit "toujours", "une fois" ou même jamais, cela ne change rien à cette essence capable de changer tout, et plus si affinités. Mais rassurez-vous, cette demeure n'est guère exigeante. Omnisciente, elle ne voit rien. Inutile donc de vous soucier de votre apparence, même de votre intérieur. C'est elle, l'intérieur. C'est elle, qui vous explore et vous découvre, sonde et éprouve sa richesse à travers les mille fenêtres de nos visages.

Or, si l'on se lâche ainsi, l'émerveillement ne fait que croître et durer plus, si cela avait un sens.   

ShivaGandhara

 

07/10/2006

L'Etre à la découverte de lui-même

Qui je suis vraiment est la solution à tous mes problèmes.

Où ça ? Dans les Himalayas ? Dans une cabine de retraite? Dans un esprit purifié par des années de "pratique"? Dans l'esprit parfaitement pur du maître? Dans l'au-delà? Dans l'Âme du Monde? Dans le coeur d'un enfant ? Non pas. Ici.

Quand ? Dans douze ans? Dans sept vies? Au prochain kalpa? Aprés une retraite de trois ans? Aprés avoir récité des millions de mantras ? Non Pas. Maintenant.

Voyons par vous-mêmes ! Ici et Maintenant : il suffit de retourner votre regard de 180° vers vous, vers Ici, vers Maintenant, vers cet Espace illimité, juste présent, tranquille, qui embrasse en sa simple majesté tous les "là-bas" et tous les "plus tard". Voyez-vous, cher lecteur, un poil de quoi que ce soit Ici ? Une forme ? Une couleur ? Une structure ? Sans faire appel à votre mémoire ou à votre imagination, pouvez vous dire "jusque là c'est moi, ensuite c'est dehors" ? Pouvez-vous VOIR une frontière entre l'intérieur et l'extérieur ?

 
Trimurti

Or, en l'absence de toute forme, comment peut-on parler de mort ? De vieillissement ? Peut-on mesurer le passage de ce qui n'a point de forme ? Dans cette ouverture, comment faire la différence entre un instant et une éternité ?

Vous me direz, cet espace est rempli. Rempli d'un tumulte. Soit. Mais vous laissez aller dans cet espace-conscience, sans repères ni soucis "comme un vieillard prenant le soleil" (dixit Longchenpa), cela n'a t-il pas pour effet de "mettre de l'huile" dans ce tumulte ? Ce n'est pas le mouvement en lui-même qui fait souffrir, mais l'idée que je suis une chose qui bouge, opposée à d'autres. Face à face. Alors que, de fait, nous sommes face à Absence de face. La Face qui ne périt jamais, dont parle le Coran.

Et puisqu'il n'y a nulle forme Ici et Maintenant, il n'y a donc aucune différence entre "vous" et "moi" Ici et Maintenant. En ce sens, vos problèmes sont les miens, et vice versa. Nous sommes un seul Être à milles yeux (des yeux uniques, notez bien), à mille bras, à mille jambes. Tous nos actes sont un seul Acte. Un seul Être - mille fenêtres sur Lui, sur soi, sur le Soi, sur la vacuité, la Nature de Bouddha. Toute expérience est le déploiement de l'Eveil. Hop ! Hop ! Hop !

Un jour, j'avais fait remarqué à Douglas Harding que nous ne sentons pas ce que sentent les autres. A quoi bon alors dire que nous sommes un seul Espace-conscience ? Il répondit : "Certes, certes. Voir Qui je suis vraiment ne permet sans doute pas de sentir ce que sent autrui, mais cela facilite grandement les relations". Mettre de l'espace, du rien, du vide. Ou plutôt, se laisser aller, en acceptant tout , même les crispations et les sensations de peur, parce que l'on VOIT directement, sans l'intermédiaire d'aucune idée ni d'aucune image, que nous englobons tout cela. Nous embrassons tout, que nous le voulions ou non. Alors embrassons-nous du mieux que nous pouvons.

12:23 Écrit par David Dubois dans Vision Sans Tête | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : eveil, douglas harding |  Facebook |

30/09/2006

Où suis-je ?

Le sage de Tiruvannamalaï a murmuré ceci : "Pour résoudre le problème, il faut voir qui a ce problème". Ce problème, c'est celui de la souffrance, de la veillesse et de la mort.

Dans de nombreuses traditions spirituelles, l'on s'efforce de guérir l'esprit, dans la mesure où l'on estime que l'esprit est la source de toutes nos expériences. Pour le guérir, on cherche à le calmer par une attention douce et neutre. En cultivant cette attitude de non-violence l'esprit, et tout ce qui en dépend, s'apaisent peu à peu pour laisser place à une mer d'huile. Je respecte profondément cette approche, mais elle me semble manquer de réalisme. Car où pourrais-je trouver cette indifférence pour commencer à me distancier de mes réactions physiques et mentales ? S'il faut déjà avoir trouvé la paix pour l'atteindre, alors je ne l'atteindrais jamais. De plus, quand bien même par quelque miracle de la nature cet espace se dévoilerait, il resterait que la grande paix atteinte serait le résultat de ciconstances artificielles, comme le fait de disposer d'un lieu et d'un moment de silence, de loisir et donc de détente. Perdu dans la foule des grandes villes, tiraillé par mille sollicitations, cet espace de paix ne serait plus qu'un vague souvenir. Bref, le calme mental est une expérience inoubliable, mais cela ne dure pas plus qu'un rêve agréable ou qu'un bon film. Cela nait et cela meurt. Cet état est dans la même situation que moi, son problème est le même.

Mais je parle de cet état de paix comme s'il était autre chose que moi. Et moi, où suis-je quand je ne suis pas dans cet état ? Que se passe t-il lorsque j'essaie de voir ce qu'il en est ? Voyons voir.

Suivant la suggestion d'un vieil ami, je me servirait de mon doigt pour décrire ce que je vois, et essayer de me situer dans tout cela (et il serait fort intéressant que vous aussi, aimable lecteur, faisiez de même, pour votre propre compte).

D'abord, un peu comme un enfant voulant dénoncer ses persécuteurs, je pointe du doigt ce qui est devant moi. J'y remarque des formes variées, des couleurs, des textures. Surtout, ces choses occupent chacunes un espace propre. Elles s'excluent mutuellement, l'une cachant l'autre : l'arbre cache la forêt. Je ne peux jamais être certain de connaître ainsi ces choses. En outre, ces apparences change et varient selon la lumière et la perspective. Elles sont multiples et complexes, pleines de détails. Et chacun, j'imagine, les jugera à l'aune de son passé. Ne dit-on pas que "des goûts des des couleurs on ne discute pas" ?

Poursuivant de la sorte, j'aperçois mon refletdans un miroir. Ne suis-je pas cette chose, cette personne ? Mais alors, il semble que je suis bel et bien voué à la mort, sans échappatoire aucune. Comme tout le reste, j'existe dans le temps et l'espace. Je change et les autres corps exercent sur moi leur action. Pour le moment, je suis encore en phase ascendante. Mais je vois bien qu'il n'y a qu'une trajectoire. Les jeux sont faits.

Déprimé, mon bras s'abaisse encore. Je pointe vers mes pieds, mes jambes. Encore des formes périssables, des éphémères en pantoufles. Habillées de guêtres séculaires, leur vie n'est tout de même qu'un instant dans la vie des univers. Poursuivant cette descente vers le fond - vers l'absurde ? - je vois ce tronc, cette poitrine qui se soulève et s'abaisse - comme pour me rappeler que tous ce qui apparaît doit disparaître. "Tout doit disparaître !" - telle est la maxime du monde. Et je ne suis qu'une partie de ce monde - un reflet sur un miroir, sur la vitre du Néant. Encore plus dépité, dégonflé, vain, mon bras se replie tel un rideau qui se lève sur une scène vide.

Vers le haut de cette poitrine donc. Et là, quelque chose se passe. Ou plutôt, une absence de choses. Mon doigt point à présent vers... quoi ? Rien. Mais un rien présent. Un néant existant. Une non-chose pour toutes choses. Ici, il n'y a rien. Oui, je le vois. Mais ce regard sans visage est bien différent de l'absurde spectacle que j'ai décrit jusqu'Ici. C'est un vide plein, plein de tout, une capacité illimitée, remplie de toutes ces choses vaines. Et du même coup, cette vanité des choses et des êtres se transmute d'elle-même en un vide léger, un vide lumineux. Quelle différence entre ce vide pesant, là-bas, et ce vide bienfaisant, Ici ! Je songe un instant au sort qui eut été le mien si je m'étais arrêté en chemin... De fait, le vide est ambivalent, comme la science. A moitié vides, à moitié savants, et nous voilà enfermés dans un reflet ! Car cette personne que je vois là-bas, dans le miroir (à environ un mètre), ce n'est pas moi. Moi, je suis ce vide qui accueille ce reflet et toutes ces formes.

"Et alors ?" me direz-vous. Alors, répondrais-je (mais je ne peux répondre que pour mon propre compte), Ici, il n'y a nulle forme, nulle couleur, rien qui puisse vieillir et périr, donc. Je suis un vide conscient, témoin de la vanité du monde. Et par cet anéantissement - par ce sacrifice depuis toujours accompli - le monde est sauvé et accueillis. Non par une personne, mais par l'absence de toute personne, Ici, au sein de cet espace qui englobe tout ce qui se présente.

Les instants passent. Le temps ne passe pas, mais mon reflet et toutes les choses passent. Je suis comme au bord d'un fleuve, et je ne m'en étais jamais rendu compte. Je veux dire, j'y avais certes pensé ; mais je ne l'avais jamais vu. A présent, je vois. Mieux, je suis cette vision, pareille à "une sphère infinie dont le centre est partout et la circonférence, nulle part". Je suis tout et je ne suis rien : je vous en prie, ne ricanez pas avant d'avant tenté, ne serait-ce qu'une seule fois, de vérifier par vous-même, pour vous-même. Mais ne me croyez pas non plus sur parole, comme si vous entendiez les propos obscures et néanmoins amusants de quelque vieux sage oriental perdu dans sa boutique des paradoxes. Vous êtes la seule autorité.

Tiens donc ! J'aperçois à présent mes jambes croisées, comme celles des sages orientaux, justement ! Nouées. Mais cette fois-ci, je ne me laisse plus aller à croire que cette posture pourra me ramener Ici, Maintenant. Mon apparence objective peut bien chercher le calme. Mais je n'oublie pas elle est. Elle et tous ses problèmes - vieillesse, maladie, mort - sont là-bas, à plus ou moins un mètre de distance, et jamais Ici, à zéro centimètres. Ici, je suis le calme, suffisement serein pour acueillir même le manque de calme de ce corps et des autres formes. Voir cela, voir cette absence de tout noyau dur, au centre, est la seule force capable de dissoudre mes noeuds. Je suis ce moyeu vide, heureux, de la roue du monde. Je suis l'oeil du cyclone, la sortie du devenir. Bien sur, je suis aussi tout cela qui passe et repasse. Mais je suis aussi cet espace limpide. Le spectacle n'est pas toujours du meilleurs goût, mais il y a fort à parier que, plus je me laisse aller dans cette absence Ici, plus le spectacle, là-bas, sera intéressant et riche de sens.

 

11:39 Écrit par David Dubois dans Vision Sans Tête | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : ramana, douglas harding |  Facebook |

01/09/2006

Le pur amour

Je lis La Tradition secrète des mystiques, de Fénelon, paru chez Arfuyen. Fénelon, en 1694, est un prélat plein d'avenir. Mais il a rencontré une femme étonnante, Madame Guyon. Elle enseigne un état d'union avec Dieu, permanent, sans effort et affranchi des oeuvres (entendons : de la nécessité d'aller à la messe, etc.). Bossuet, tuteur du Dauphin et conseiller des Grands, la prend en chasse. Fénelon est donc ami de deux ennemis. Il choisit et rédige ce texte pour défendre Guyon contre Bossuet. Ce sera un échec. Fénelon devra se rétracter publiquement, et Guyon sera embastillée.

Dans sa défense de ce courant mystique que l'on nomme quiétisme, Fénelon veut montrer qu'il n'y a là rien de neuf ni de nouveau, et que cette attitude apparement "moderne" est, en réalité, dans la continuité de la plus haute sagesse des Pères de l'Eglise. Il s'appuie, en particulier, sur Saint Clément et ses discours sur la gnose chrétienne. Fénelon en tire que "nous voyons donc [chez Saint Clément] une contemplation, qui ne consiste point dans des ravissements, ni dans des extases, ni dans des paroles intérieures, ni dans des communications qui ne peuvent êtres que passagères ; tout au contraire, c'est une contemplation d'amour habituel, qui consiste dans la préparation du coeur, que nulle affaire n'interrompt depuis le matin jusqu'au soir". Cette contemplation n'est "pas un effort du coeur, réitéré de temps en temps pour parvenir à l'union", mais une union "toute établie et fixe" (p.75).

Cette querelle dite "du pur amour", rapelle celle qui oppose, au Tibet, les adeptes de l'entraînement de l'esprit, comme Tzongkhapa, aux partisans de la "grande complétude" (dzogchen) naturelle. Bossuet, comme Tzongkhapa et d'autres, conçoit l'esprit comme un muscle qu'il faut développer par des efforts systématiques et mesurés, à la fois dans le coeur, le corps et l'intellect. Au contraire, pour Madame Guyon comme pour le dzogchen, vouloir parfaire ce qui est déjà parfait est une regrettable erreur. Par là, ils rejoignent la Vision Sans Tête. Chacun peut immédiatement vérifier qu'Ici il n'y a nul voile. Dès lors, la seule voie est celle de l'abandon.

A propos d'abandon, une nouvelle édition de L'abandon à la Providence Divine vient d'être publiée, avec le sous-titre "Autrefois attribué au père de Caussade". En effet, la recherche a démontré que ce texte remarquable de simplicité et de force est l'oeuvre d'une disciple de Madame Guyon.

Par contre, et à la différence du dzogchen, Madame Guyon a tendance à rejeter le corps et le plaisir, comme il apparaît à la lecture du chapitre intitulé "La gnose parfaite exclut tout désir excité" du livre de Fénelon.

L'autre texte trés proche du dzogchen et de la Vision en Occident, ce sont les Nouveau Poèmes de Hadevij d'Anvers, traduits dans la collection Point Sagesse.

Ce qui m'intéresse là-dedans, c'est que ce sont deux femmes. Deux femmes qui ont vécut dans la Chrétienté, et que la Chrétienté a rejetée.

 

**********

 

(suite)

En fait, Fénelon ne parle pas seulement d'absence de tout "désir excité" chez le gnostique fixé en Dieu par un amour désinterressé, mais plutôt d'une dés-appropriation des désirs, remplacés peu à peu par les désirs que Dieu lui-même imprime dans l'âme du gnostique.

C'est que celui-ci est établi dans une "contemplation habituelle, sans actes réfléchis et distincts, sans effort ni contention d'esprit, sans extase ni lumière particulière : les différentes pensées ni entrant point (...) et les images en étant exclues" (p. 73).

Le principe de cette contemplation est la passivité, c'est-à-dire la vacuité identique à la "libre vacance" dont parle Hadevij, qui rend l'âme suffisement souple pour que Dieu agisse en elle. C'est exactement ce dont parlent le dzogchen, la Reconnaissance et Douglas Harding. "Voilà cet amour d'abandon, duquel on fait un crime aux mystiques".

Toujours dans ce livre de Fénelon, on trouvera maintes réflexions sur le rapport entre la discipline et la liberté spirituelle, entre l'éthique et le dépassement de toute dualité propre à toute mystique du vide. Ainsi le cas du végétarisme. Le gnostique - certains diraient aujourd'hui le "réalisé" - doit-il manger ou non de la viande, sachant qu'il est sans volonté propre ? Fénelon cite saint Clément :

"Il est vrai que saint Clément dit "qu'il arrivera peut-être que quelqu'un des gnostiques s'abstiendra de viande, de peur que la chair ne soit trop portée au plaisir". Mais ces termes de "quelqu'un d'entre les gnostiques" et celui de "peut-être" marquent une pratique rare ; et il est évident qu'il s'agit là d'un gnostique qui n'est point encore parvenu, au travers des progrès mystiques, jusqu'à l'apathie où il n'y a plus ni vertus à exercer, ni tentations à vaincre" (p. 103). Car le gnostique consommé n'a plus qu'à "demeurer ensuite dans la quiétude en se reposant". Le Christ ou l'Esprit vivent et agissent dans sa passivité. N'est-ce pas là le "vide" que je vois ici même, et qui accueille ces mots et tout le reste ?

"Ainsi, à proprement parler, l'âme n'est jamais sans désirs, quoiqu'elle ne l'aperçoive pas. Elle en a toujours, par un reste d'activité, jusqu'à ce que la passivité soit consommée en elle ; alors tous les désirs excités sont éteints, elle ne s'excite plus, même pour les meilleurs choses". Cependant, cette mort est suivie d'une renaissance : "En cet état où elle est morte à tous désirs propres pour ne plus vouloir que ce que Dieu veut en elle, d'autres désirs plus purs renaissent dans son coeur : c'est Dieu qui les lui imprime, de moment à autre, comme il Lui plaît, sans que l'âme y mette autre chose qu'une non-résistance trés simple et trés libre à l'opération de Dieu en elle" (p. 111). De sorte que le propre du gnostique n'est pas l'absence de tous désirs, mais seulement l'absence des désirs "propres", c'est-à-dire égoistes, remplacés ou transmutés en "désirs surnaturels et divins". N'est-ce pas la doctrine du tantrisme, formulée certes dans un langage différent, mais identique sur le fond ?

Bien sûr, cette sagesse découverte par des femmes (doit-on penser aux dâkinîs ?) a été condamnée et pourchassée sans charité aucune. Aujourd'hui encore, le trés populaire moine catholique "Verlinde" (!) vient d'écrire un ouvrage qui montre que cette aversion n'a pas cessé. Intitulé Les impostures anti-chrétiennes, sa prétendue étude part du roman de Dan Brown pour condamner le tantrisme, l'hindouisme et le bouddhisme. Sa stratégie est simple : il s'en prend à des gourous fumeux néo-tantriques (Mircéa Eliade, Julius Evola, Samael Aum Véor) ; il les cite comme s'ils étaient des représentants du tantrisme et du bouddhisme ; et il met en lumière leurs travers, croyant ainsi ôter indirectement toute crédibilité au tantrisme et au bouddhisme. Purement et simplement malhonnête... "dans la paix du Christ", comme de bien entendu.

18:34 Écrit par David Dubois dans Vision Sans Tête | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : douglas harding, fenelon, pur amour, guyon |  Facebook |

24/08/2006

Gastronomie du vide

Quoi que l'on fasse - ou ne fasse pas - on peut contempler à la fois les choses là-bas et leur absence ici : telle est la "pratique" essentielle de la Vision Sans Tête. Il y a d'innombrables variantes. Tenez par exemple : la saveur sans bouche, bien en bouche mais étendue aux limites du firmament (il s'agit d'un croissant au nutella) :

 

 

19:15 Écrit par David Dubois dans Vision Sans Tête | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : douglas harding, eveil |  Facebook |

21/08/2006

Trouver la Sortie

Plusieurs contes de sagesse relatent les aventures d'un homme qui part au loin à la recherche de quelque fabuleux trésor, pour finalement découvrir qu'il se trouvait justement au lieu de son départ. Paulo Coelho s'en est inspiré.

Il est vrai que, l'homme étant un animal désirant, il cherche. Comme il ne semble jamais faire aucune trouvaille définitive, on peut dire qu'il erre, et partager le pessimisme lucide de Pascal, pour qui tout le malheur de l'homme vient de ce qu'il ne peut rester en repos dans une chambre, à l'image du moine. Moi, je veux bien rester dans une chambre, à condition qu'elle soit inépuisable en informations et d'une richesse infinie. Ne trouvant d'ordinaire rien de tel, je quitte ma chambre. C'est ainsi que je me suis retrouvé au pied d'un magnifique monastère situé, comme il se doit, au fin fond des Himalayas (politiquement en Inde, mais culturellement au Tibet).

Et là, je me suis rappelé le conseil d'un trés vieil ami. Nous cherchons dans toutes les directions, dit-il, sauf une : celle qui va vers Celui Qui Regarde, Ici, à zéro mètres d'où vous et moi sommes. Il suggère que voir celui qui cherche pourrait bien être la trouvaille la plus extraordinaire, incroyable et profonde qui soit. L'indication est précise : il faut et il suffit de retourner l'attention - le regard - de 180° vers soi.

Face à ce monastère, majestueux et mystérieux, je m'apprétais donc à vérifier cette hypothèse, ce qui donna à peu prés ceci.

Je pointais d'abord le vénérable édifice, dont la silhouette escarpée évoquait les techniques secrètes des lamas tibétains et autres confrèreries esotériques, qui permettent d'accéder à de remarquables exploits, tels que le vol aérien (sans avion - trés commode en Inde) ou le franchissement des murs :

 

 

Puis, je retournais mon regard vers moi, ou disons, vers cet espace (infini ?) qui se dévoile Ici, avec lequel je me trouve être on ne peux plus identique :

 

 

Une chose formidable est que cet espace, à présent que je le contemple de nouveau, est absolument le même. Limpide, diaphane, lumineux, mais aussi simple et ... simple. Et je crois que vous aussi, lecteur, si vous vous prêtez à ce jeu innocent, vous découvrirez la même absence de chose, Ici, mais pour accueillir, il est vrai, un spectacle unique (probablement pas un monastère).

Et la tradition, me direz-vous ? N'est-il pas présomptueux de rejeter ainsi les chambres de cette auguste bâtisse pluriséculaire, emplies de centaines de livres de sagesses ?

Et bien, figurez-vous que mon ami, moi et nos nombreux amis d'aujourd'hui, nous ne sommes pas de purs et simples innovateurs. Il se trouve que, dans la tradition tibétaine elle-même, d'autres ont fait la découverte de la Chambre Inépuisable. Voici l'exemple d'un lama du début du XXème siècle, Mipham. Il avait entreprit une retraite stricte pour contempler le bouddha de l'intelligence (bien qu'il fut déjà trés intelligent). Il était alors surtout préoccupé de visualiser clairement le visage du dieu, afin que celui-ci finisse par lui apparaître pour de bon. Quant il fit part de ce souci à son maître, ce dernier lui fit cette confidence :

"Cette voie est trés ardue ! Comme dit l'Omniscient Longchenpa, 'Sans rien faire, demeure dans ta propre face'. C'est ce que j'ai fait moi-même et, bien que je n'ai rien vu qui ait une chair blanche ou un teint éclatant que l'on puisse appeler 'visage de l'esprit', je n'ai plus le moindre soucis au sujet de la mort". Sur ce, il éclata de rire. Ce maître était, dit-on, le plus grand de son temps, il avait étudié et expérimenté toutes les méthodes spirituelles tibétaines.

Mais la plus grande autorité en la matière reste l'expérience que l'on fait soi-même. Pour cela, nul besoin de quitter sa chambre.

 

19:48 Écrit par David Dubois dans Vision Sans Tête | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : douglas harding, eveil |  Facebook |

23/06/2006

Sacre et Profane

 

Toutes les spiritualites et les religions sont basees sur la separation du sacre et du profane, du pur et de l'impur. Pourtant, ou se trouve la source de tout espace sacre ? Cette source n'est-elle pas Ici, n'est-elle pas cet Espace qui accueille toutes ces formes et leurs noms ?

 

Par exemple, voici un temple. Il a l'air vaste. Mais c'est une question de perspective. En se placant au bon endroit, il devient meme assez petit pour tenir entre le pouce et l'index :

 

Le veritable temple n'est-il pas plutot cet espace conscient, a la fois vide et lucide, vers lequel pointe a present mon doigt ?

 

 

Meme chose avec la montagne - image universelle du cheminement spirituel. Le sommet est la-bas, au loin,meme si je peux le toucher du doigt, ce qui n'est deja pas si mal :

 

 

Cependant, le vrai sommet n'est-il pas cet espace a partir duquel je percois tout ceci, espace toujours deja "atteint" ?

 

 

PS : Ma connection internet actuelle ne me permet pas d'ecrire souvent. En effet, il me faut parcourir de nombreux kilometres, et le debit est faible. Je reecrirais regulierement quand j'aurais rejoins une terre plus civilisee, a savoir Dharamsala...

08:13 Écrit par David Dubois dans Vision Sans Tête | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : douglas harding, eveil |  Facebook |

23/01/2006

Le Palais de la Découverte : une Terre Cachée de Padmasambhava ?

Un aprés-midi au Palais de la Découverte : Ahhh... "Une Guirlande d'Introductions Directes à Notre Vrai Visage : Un Voyage d'Alice Dans le Merveilleux Palais des Vidyâdharas du Sens Définitif et Pas Commun" : on dit que le titre contient tout le contenu de l'oeuvre, n'est-ce pas ? En particulier, je recommande l'expérience "changer de visage", située au premier étage, comme la plupart des expérience intéressantes. Après cela, on peut sérieusement se demander si Newton n'était pas un tulkou ! Pour quelques euros seulement...

16:34 Écrit par David Dubois dans Vision Sans Tête | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

04/12/2005

"Nous sommes tous une seule et même Absence"

Deux heures passées cet aprés-midi avec Douglas E. Harding.
Trés en forme qu'il semblait, j'ai pu l'interroger sur le sujet qui lui tient à coeur : la Vision Sans Tête. Autour d'une tasse de thé et de quelque biscuits, il a sans cesse insisté sur le caractère absolument miraculeux de chaque moment vécu, de chaque personne rencontrée. Plein d'esprit, il a cité de nombreux auteurs anciens et modernes, tout en insistant sur la simplicité de la Vision. Voici ce que je me rappel de cet échange :
 
"Certains disent que le 'Je suis' est la réalité ultime, finale. D'autres disent que, même si c'est un moyen utile, il faut ensuite le délaisser ou le dépasser. Qu'est le 'Je suis' pour vous ?"
- Le 'Je suis' est ultime, car pour douter de mon existence, il faut encore que je doute. La certitude du 'Je suis' est le roc sur lequel je puis douter autant que bon me semble. Il est le roc immuable qui rend possible toutes les expériences changeantes. Le 'Je suis' est à la fois le moyen et le but.
 
"Ramana Maharshi recommandait, à la fin de sa vie, que l'on répète mentalement 'je-je' comme moyen pour s'établir dans l'Etat Naturel, le Soi. Penser-vous que ce soit un moyen valable ?"
- Je pense qu'il existe d'innombrables moyens qui sont autant d'accès vers Ici. En aucun cas je ne me laisserais aller à les limiter. Et surtout, voyez-vous, même si les gens ne voient pas, ils ont raison. Car leur aveuglement ne change rien à ce qu'ils sont vraiment. C'est même ce qu'ils sont vraiment qui rend possible cet aveuglement. C'est la liberté, c'est la beauté de l'Histoire. Quoi qu'il en soit, Ici, je suis immortel, non-né.
 
"Oui, mais cette immortalité est purement impersonnelle. Y-a t-il un avenir pour Douglas Harding aprés sa mort ? Y-a t-il une continuité de la personne à travers sa mémoire ?"
- Non, je ne crois pas. Et heureusement ! Ce serait épouvantable si Douglas ne cessait jamais. Une malédiction, une forme d'enfer ! D'un autre côté, chacun apporte une contribution unique, imprévisible, sans prix. En plus, ce que l'on fait demeure dans cet univers. Les conséquences de nos actes s'y perpétuent. C'est une sorte d'immortalité personnelle.
 
"Mais si le 'je suis' est si indubitable et évident, comment se fait-il que tous les gens qui sont réputés regarder Ici ne parlent pas de 'Je suis', comme les Bouddhistes  par exemple ?"
- Eh bien, je crois que c'est parce que cela est requis. S'il y a des gens qui ne voient pas, ou bien qui interprètent différement, c'est parce qu'ils sont libres. Dieu est libre. Cela veut dire que je ne sais pas ce qui va arriver. C'est comme le vol d'un papillon : [il mime avec sa main] hop, hop ! Je ne sais pas ce que je vais dire, ni comment je vais le dire. Cela est requis car, voyez-vous, nous avons besoin d'une Histoire. Or, qui dit Histoire dit aussi complications, embrouilles, essais et erreurs, pertes et retrouvailles... Tout ce qui est apparement mauvais concourt à un plus grand bien.
 
"Il y a des spiritualités où l'on dit que 'tout est parfait' (comme dans le Dzogchen), mais ensuite on vous dit qu'il faut respecter des règles, sans quoi on ira en enfer, etc. Qu'en pensez-vous ?"
- J'en pense que ces organisations vont se défaire d'elles-mêmes. Ces règles sont inutiles. Quand je vois Ici, je ne peux me tromper ! Par contre, je peux stabiliser cette vision. Mais cela se fait par la force des choses, plus ou moins rapidement, selon le tempérament de chacun... C'est un processus cyclique d'aller-retour constant entre la Vision et la distraction, entre la simplicité et la paix de ce que je suis Ici d'une part, et la complexité et la souffrance que je vois et que je dois acueillir encore et encore. C'est un va-et-vient incessant entre la vacuité et la compassion, comme disent les Bouddhistes.
 
"La méditation est-elle une aide pour stabiliser la Vision ?"
- Pas pour moi. En fait, je crois même que c'est plutôt un obstacle, dans la mesure ou cette activité de méditation est délibérée. Naturellement vient un moment ou cette Vision devient naturelle. Mais, aprés un demi-siècle de pratique, je crois pouvoir affirmer que cela implique maintes souffrances et épreuves.
 
"Mais n'avez-vous pas trouvé que, aprés la Vision, vous vous sentiez davantage incliné à 'méditer' ?"
- Non.
 
"A la lumière de votre expérience, croyez-vous que la Vision peut rendre un homme parfait  tant dans ses actes que dans ses paroles ?"
- Ha !!! [il s'esclaffe] Impossible. Quant à mon cas, je dirais même que Douglas est un démon, un diable. Et je puis vous affirmer que je possède des informations de première main à ce sujet ! Mais cette débilité, cette stupidité dont j'ai eu de si nombreuses preuves, je la laisse là-bas, à u mètre.
 
"Mais, même si je constate l'absence de formes Ici, que faire des innombrables pensées obsessionnelles qui y surgissent sans-cesse ?"
- Cela fait partie de l'Histoire. C'est là-bas. Il faut voir aussi que toute cette complexité, cette obscurité de l'âme humaine, est requise. On ne peut pas à la fois vivre et vivre sans ce sac de noeuds. Mais voir Qui voit est d'une grande aide. Partir du centre est la voie la plus directe. Ensuite, le reste change automatiquement autant qu'il est possible.
 
"Pensez-vous qu'il y a un lien étroit entre la Vision et la croyance en Dieu ?"
- Absolument pas. Au contraire ! Les croyants ont souvent du mal a accepter ce qu'ils voient, cette Absence de tout, y compris de Dieu. Car Dieu n'est pas Dieu, comme dit Maître Eckhart.
 
"La vision est-elle compatible avec l'agnosticisme ?"
- Dieu lui-même est le Président du Club des agnostiques ! Dieu ne croit pas en Dieu.
Tout cela, voyez-vous, n'est finalement que paradoxes. Je ne fais rien et, pourtant, depuis un demi-siècle toutes sortes d'idées me sont venues pour partager la Vision avec mes amis.
Dans tous les cas, l'essentiel est de prendre note qu'il n'y a pas de visage Ici. Simplicité. Il y faut, si vous voulez, une attention légère, une attention sans intention. Cela suffit : inutile de se torturer.
 
 
 
 

20:25 Écrit par David Dubois dans Vision Sans Tête | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : douglas harding |  Facebook |

22/11/2005

Des méthodes pour vérifier par soi-même qui on est vraiment ?

En gros, on peut distinguer deux phases dans toute démarche spirituelle de connaissance de soi :
(1) Découvrir qui je suis;
(2) En faire profiter ma petite personne et les autres (ou, du moins, éviter de leur en faire trop baver...). Il fut un temps, j'appelais cela "stabiliser", mais c'était suicidaire, et je préfère la vie.
 
Pour découvrir qui on est donc, il existe quelques merveilleux textes et collections de dispositifs expérimentaux à mettre entre toutes les mains.
 
Il y a,d'abord, le Vijnâna Bhairava Tantra. Evitez, de grâce, la "traduction" de D. Odier. En effet, la mienne sera beaucoup meilleure ! Mais il faudra me faire des cadeaux pour l'avoir. Mon poids (virtuel) en chocolats Duplot serait une bonne entrée en matière.
En attendant, vous pouvez vous procurer la traduction de Lilian Silburn, parue chez De Boccard.
Dans le même style, il y a d'autres petits textes en sanskrit, malheureusement introuvables. N'est pas Indiana qui veut...
 
Il y a aussi les "semzin" du Dzogchen. Des séries de 21 ou 25 expériences. Peut-être oserais-je les mettre en ligne. On verra bien.
 
Si, enfin, vous être allergiques aux livres, il y a, en livre, en vidéo, et en chair ainsi qu'en os, les extra-ordinairement ordinaires expériences inventées par Douglas Hardins et ses amis (pour plus d'informations, veuillez cliquer le lien sur la Vision Sans Tête). 
En attendant, voici un lien vers une présentation vidéo des-dites expériences :
http://www.headless.org/English/movies.htm
 
Et si, impatients de passer enfin de la théorie à la pratique, vous n'en pouvez plus d'attendre, il vous suffit de simplement retourner votre attention, de trés exactement 180°, vers cet "espace" à partir duquel vous lisez ces lignes. Essayez, juste pour voir.
 
Comme on dit en anglais : "Mind the gap !"

23:26 Écrit par David Dubois dans Vision Sans Tête | Lien permanent | Commentaires (11) | Tags : douglas harding |  Facebook |

30/10/2005

Le Grand et le petit

La question du "je suis" est centrale. Décisive par son enjeu.
Cette question est : Le "je suis" (ou "je-je") est-il l'état ultime, ou bien un indicateur de l'ultime, ou bien carrément une illusion ?
 
Chez Ramana ou Nisargadatta, deux sages indiens du XXème siècle, on peut lire des conseils du genre : "Absorbez-vous dans le 'je', laissez-vous aller, et ce sera la connaissance absolue, et tout irra bien". Mais parfois, chez Nisargadatta, on entend également qu'il faut dépasser le "je suis", source de toutes les illusions.
Le pur "je suis" est ainsi profondément ambivalent : On peut tantôt le considérer comme l'état le plus haut, la dernière étape avant l'absolu; ou bien, au contraire, comme cet état qui porte en germe tout le devenir douloureux du samsâra. Le "je suis" est-il presque l'absolu, ou bien le début de la chute ? La dernière étape, ou bien la première déviation ? Tout cela est une question de point de vue.
Quoi qu'il en soit, il est vrai que le "je suis" porte en lui une certaine ambiguïté. Une sorte d'instabilité. Ce qui peut paraître problématique, dans la mesure où j'affirme en même temps qu'il est ultime et éternel.
 
En fait, voilà comment je vois la chose :
 
Le "je suis" est éternel. En effet, quand je retourne l'attention de 180°, ce que "je vois" est toujours identique. Que je sois débutant ou expert en cette matière, que je sois en retraite ou bien bombardé par de glauques néons d'une sation de RER de banlieue, cette vive conscience demeure identique, telle un miroir inaltéré par les reflets qu'il accueil. A cet égard, le "je suis" est l'absolu se connaissant toujours-déjà absolument, parfaitement. 
 
D'un autre côté, il y a les effets de cette vision sur ma personne, et sur mon rapport au monde et aux autres. Dans ce domaine, tout dépend de mon ardeur à m'absorber dans le "je suis". Les fruits que j'en tire, qui sont des fruits temporels, dépendent assez étroitement de ma fidélité à cette essence de moi-même et de tout. C'est là que la dévotion, l'amour, et toutes ces choses trés intimes ont leur importance. C'est aussi dans ce domaine que des progrès sont possibles. Et, ajouterais-je, que des progrès sont toujours encore possibles. On peut et on doit toujours progresser. Comme disait Rousseau, l'homme est perfectible à l'infini. Autrement dit, il n'y a pas d'être parfait (siddha), "réalisé", "éveillé". Pas de perfection absolue en ce domaine. Seulement des progrès relatifs. De plus, rien n'est jamais définitivement acquis.
 
Pour récapituler donc, il y a d'un côté le "je suis", le "Grand", éternel et éternellement parfait, qui est toujours déjà ce qu'il doit être et ce qu'il peut être. De l'autre, il y a la personnalité et le monde, le "petit", temporel et temporaire, jamais encore parfait.
 
Quant au rapport entre les deux, c'est un mystère. Un mystère que l'on peut penser comme liberté. En d'autres termes, je ne vois pas la "non-dualité" comme la panacée. Le réel, c'est à la fois de l'un et du multiple, de l'identité et de la différence, de l'éternel et du temporel, de l'immuable et de l'évanescent : la liberté.
Mais tout cela est matière à réflexion, et doit constament être remis à l'épreuve du quotidien.
 

11:20 Écrit par David Dubois dans Vision Sans Tête | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |